La couleur dans les espaces de travail

La perception des couleurs diffère selon la période de temps, les cultures et les moyens de fabrications de la couleur qui étaient alors à disposition. C’est ce que nous allons voir dans cet article.

 

 

I- L’histoire des couleurs

II- Pour compléter


 

I- L’histoire des couleurs

Le bleu

Couleur préférée des Occidentaux depuis la fin du XIXe siècle (presque 50% des personnes. source France culture,Pastoureau), elle n’a pas toujours été une couleur appréciée. 

Dans les temps gréco-romains, le bleu était une couleur mal aimée, délaissée car associée aux barbares. On ne s’habillait surtout pas de ce coloris. Il faudra attendre le XIIe siècle pour que le bleu refasse surface de manière positive. En effet, on l’associe dorénavant au divin, à la lumière divine. En témoigne la Vierge dans la religion catholique ou la divinité Krishna dans l’hindouisme. 

 
 
source : wikipédia

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source : pixabay

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A partir de ce moment, le bleu devient une couleur centrale, utilisée dans la création comme les vitraux ou encore dans les vêtements. Au XIIIe siècle, les rois de France s’habillent en bleu, faisant de cette teinte une couleur à la mode et une couleur princière. Les armoiries de comme la fleur de lys sont sur un fond bleu.   

 
 
source : gallica

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C’est aussi à cette époque, à la fin du XIIIe siècle, que la gamme colorée dans la teinture s'agrandit, au grand désespoir des producteurs de teintures rouges obtenu à partir de la Garance. C’est très certainement à partir de ce moment que les bleus et le rouge deviennent des couleurs contraires et “rivales”. 

Au XVIe siècle se mettent en place certaines morales artistiques, religieuses et sociales par rapport aux couleurs. On distingue alors des “bonnes” couleurs et des “mauvaises” couleurs selon les religions du protestantisme et du catholicisme. Par exemple le noir, le gris et le bleu étaient considérées comme des bonnes couleurs et à l’inverse, le rouge, le jaune et le vert comme des mauvaises couleurs. La religion étant très importante pour les gens alors, ces morales ont un très grand impact sur la vie quotidienne, les créations artistiques,... 

Au XVIIIe siècle la chimie des colorants fait des progrès et on découvre de nouveaux ingrédients comme l’indigo provenant d’Amérique qui a un pouvoir colorant plus fort que celui qu’on utilisait alors. Le coût de production était aussi moins cher, permettant la diversification des couleurs dans les vêtements et également dans la peinture. 

 
 
Indigotier, source : wikipédia

Indigotier, source : wikipédia

 
 

Enfin, on retrouve du bleu dans l’identité de la France comme les drapeaux ou les uniformes. Dès le début de la révolution le bleu est une couleur nationale et républicaine.

Le rouge

Le rouge est la couleur par excellence, la première couleur à avoir été fabriquée par l’Homme et à avoir été mise en évidence par lui. 

 
 
source : pixabay

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En effet, dès la période paléolithique, le rouge à une forte connotation représentant le sang, la chasse, le feu, il est aussi associée aux guerriers. Ceux-ci doivent se faire remarquer de ceux qui ne le sont pas, d’où la couleur rouge qu’ils arborent alors.  

Comme nous l’avons vu précédemment, le rouge est la première couleur maîtrisée en teinture également, à l’aide d’une plante appelée la Garance. 

 
 
Garance, source : pixabay

Garance, source : pixabay

 
 

Comme la plupart des teintes, le rouge connaît une forte ambivalence quant aux connotations qu’on lui donne. Là encore, on trouve les “bons” rouges et les “mauvais” rouges : le pouvoir, la beauté, l’amour, la fête et de l’autre côté : la colère, la perversion, le sang, le feu, la honte, le diable ou encore l’enfer dans le christianisme. 

Le rouge est lié au beau, la couleur de l’apparat et de la richesse. Du XVIIIe siècle au XIXe siècle environ, la robe de mariée est fréquemment rouge en Occident. 

En politique le rouge représente une idéologie : le communisme ou le Parti gauche par exemple mais ces représentations se sont beaucoup atténuée aujourd’hui. 

Au milieu du XVIIIe siècle le rouge devient un signal qui annonce un danger, une menace. 

Pour la petite histoire, en 1791 sur le champ de mars, des citoyens demandent pacifiquement la démission du roi. La foule est alors très abondante et la garde nationale se doit de les prévenir. Ils agitent alors un drapeau rouge pour signaler qu’il faut se disperser. Cependant la foule ne bouge pas, la garde nationale tire alors sur eux pour une raison inconnue. A partir de ce moment le drapeau rouge pacifique devient un drapeau rouge de l'insurrection (Pastoureau).



Le noir

D’un point de vue mythologique, au début il n’y a que du noir et puis la lumière vient. En astrophysique tout commence aussi par un monde noir qui s’éclaire avec le Big bang.  “Au fond, la peur des humains c’est de retomber dans ce noir primitif.” (Pastoureau)

Le noir comporte aussi deux symboliques contraires : la peur, la nuit, la mort, l’enfer, la maladie mais aussi le luxe, l’élégance,... 

D’un point de vue historique, pour les Egyptiens, le noir pouvait aussi bien être positif, fertile et créateur que destructeur, associé au retour à l’état premier. Le noir était une couleur associée aux rites funéraires.  

De même, du XVe siècle au XVIIe siècle, le noir était une couleur qui appartenait au monde maléfique des sorcières, corbeaux et chats noirs. 

La fin du XIVe siècle, la teinturerie fait des progrès et lance la mode du noir chez les princes et les rois d’abord, qui sont ensuite imités par la population. 

 
 
Jean-Baptiste Colbert, source : wikipédia

Jean-Baptiste Colbert, source : wikipédia

 
 

Ce coloris entre par la suite dans un déclin et il va falloir attendre le XIXe siècle pour qu’ils reviennent à la mode. Au cours de la révolution industrielle, l'usage du charbon était prédominant. Ce matériau étant très salissant, le noir permettait de paraître moins sale. 

Dans le domaine de l’Art, Manet fait du noir une vraie couleur en peinture quand les autres artistes refusaient d’en mettre sur leurs toiles. Par la suite, d’autres peintres puis des stylistes travaillent avec le noir. Au XXe siècle, le noir redevient une couleur.

Pierre Soulages est un peintre dont la couleur de prédilection est le noir. Pour lui c’est la couleur la plus intense, et opposée à une couleur claire ou à la lumière, elle révèle tout une palette de couleurs.

 
 
Pierre Soulages, source : flirck

Pierre Soulages, source : flirck

 
 

Le vert


Il n’y a pas de vert dans les peintures paléolithiques car il n’y avait pas de pigments satisfaisants. Il faudra attendre la période de la Grèce antique pour que le vert voit le jour en teinture.

Certaines couleurs bénéficient d’un lexique plus développé dans certaines langues anciennes. Par exemple en grec ancien un seul mot peut désigner plusieurs couleurs. Le terme glaucos par exemple peut se référer au vert, au bleu, au gris ou même certains jaunes ! Au XIXe siècle, certains scientifiques pensaient même que les Grecques avaient du mal à voir le vert et le bleu. Il faut attendre la période hellénistique (après Alexandre le Grand) pour qu’un mot désigne sans ambiguïté le vert.

Comme le bleu, le vert pour les gréco-romains était associé aux barbares, aux ennemis donc aux Germains.

Au Moyen-âge en Occident on privilégie le vert dans les représentations de la nature. La couleur de l’amour naissant, de la beauté, de l’espérance... Elle est associée à la luxure.

Les teinturiers font des gros progrès dans les couleurs vertes, on va notamment porter des vêtements verts au printemps pour célébrer la nature. Cependant, cette couleur décline profondément à la fin du Moyen-âge et va être associée à la couleur du diable, des animaux inquiétants comme les dragons, des méchantes fées, des sorcières...

Dans l’islam, le vert est une couleur sacrée, souvent représentée comme la couleur du ciel, du paradis, au point que sur les tapis créés dans les pays musulmans on ne met pas de fils de couleur verte pour ne pas marcher sur une couleur divine.

 
 
Mahomet II, source : gallica

Mahomet II, source : gallica

 
 

Au XVIe siècle, le pigment vert était chimiquement instable, la couleur se délave. Cela expliquerait les associations avec des choses qui ne durent pas qu’on lui donne : l’enfance, l’amour, la chance, la fortune, le hasard, le jeu…

Les pharmacies avec leur logo vert sont un héritage des apothèqueries du XVIIIe et XIXe siècles : la pharmacopée étant presque entièrement à base de plantes, le vert est devenu la couleur des médecins et pharmaciens.

Dans le théâtre, aujourd’hui encore on ne s’habille pas en vert car cela porte malheur. D’après Mr Pastoureau et ses enquêtes historiennes, cette superstition remonterait au XVIIe siècle. A l’époque, la couleur des vêtements que portaient les comédiens déterminait leur rôle. Or le vert était très difficile à concevoir en teinture, donc le vêtement était peint. On utilisait alors du vert-de-gris, un pigment très dangereux, instable et vénéneux. Il y a probablement eu des accidents avec ses comédiens, et la superstition est née.

 
 
Molière portait du vert sur scène, le jour de sa mort… La gravure provient du "Plutarque Français" de Mennechet (1837), source : gettyimage

Molière portait du vert sur scène, le jour de sa mort… La gravure provient du "Plutarque Français" de Mennechet (1837), source : gettyimage

 
 

Le vert a aussi une connotation très forte dans le domaine de l’agriculture, du Bio par exemple ainsi qu’en politique avec le Parti des Verts, cela est très souvent un vert amande.


Le jaune

C’est une couleur qui a été valorisée dans l’Antiquité classique, qui a été maîtrisée assez tôt en peinture comme en teinture avec le genêt ou le safran

 
 
Genêt, source : pixabay

Genêt, source : pixabay

fleur de safran, source pixabay

fleur de safran, source pixabay

 
 

L’antiquité Grecque et Romaine valorise la couleur jaune notamment dans le vêtement.

Au Moyen-âge la symbolique de la couleur se dégrade et en fait le coloris des tricheurs et traîtres, du mensonge et de la maladie. Dans l’iconographie chrétienne par exemple, le traître Judas est vêtu de jaune.

Aujourd’hui encore dans les enquêtes sur la couleur préférée des gens en Occident, le jaune ne représente que 3% des réponses, en dernière place. 

Comme révélé plus haut, au Moyen-âge il y avait des bonnes et des mauvaises couleurs selon le christianisme, et le jaune était dans le groupe des mauvaises couleurs. Les gens n’en portent pas dans leurs vêtements ni dans la décoration. 

Le jaune : richesse, chaleur, prospérité, joie, plaisir,... mais aussi le mensonge, la fausseté, l’hypocrisie,...



Le blanc

Il apporte incontestablement de la luminosité et sont beaucoup utilisées pour leur neutralité permettant une personnalisation facile de l’espace. Elles sont également très appréciées quand on veut un style épuré. On fera alors attention à jouer avec les volumes de la pièce et la lumière afin de ne pas avoir un lieu plat et ennuyeux.  

Le grand architecte Le Corbusier a dans son livre “L’art décoratif d’aujourd’hui” développé une règle : la Loi Ripolin. Celle-ci met en parallèle entre le blanc et l'état d’esprit. Une maison avec des murs blancs permettrait de faire la paix avec son esprit, et de créer une symbiose parfaite avec l’intérieur de la maison et sa conscience. Il explique que le blanc permet de faire des contrastes, de mettre en valeur les volumes intérieurs. “Si la maison est toute blanche, le dessin des choses s‘y détache sans transgression possible”. Selon lui, les couleurs et leurs panaches s'estompent alors que le blanc permet de mettre en valeur les lignes de l’intérieur.  

 
 
source : wikipédia

source : wikipédia

source : wikipédia

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II- Pour compléter


Comment colorer un espace de travail ? Voici les bonnes questions à se poser :

  • Quel sens souhaitez vous apportez à votre espace ?

  • La couleur ne se restreint pas seulement à la peinture, mais aussi au mobilier, au revêtement, au matériau, à l’éclairage, aux installations telles que les imprimantes, les murs et sols, les accessoires, ... Avez-vous pris en compte la couleur de ces éléments ?

  • La texture des matériaux va jouer sur la perception des couleurs, allez-vous opter pour une finition mate, satinée, brillante ? Il est recommandé que les surfaces colorées balayées par les yeux pour accomplir des tâches ne soient pas brillantes afin de ne pas générer de l’éblouissement.

  • La principale difficulté consiste à harmoniser les couleurs entre elles. Quelles associations de couleurs choisir ? Il est conseillé de concevoir une charte couleur pour déterminer l’ensemble des teintes qui seront appliquée dans l’espace.



Fiche pratique INRS “ la couleur dans les lieux de travail”

Emission France culture “des goûts et des couleurs” avec Michel Pastoureau

https://www.ripolin.fr/aide-inspirations/Le-Corbusier-et-la-loi-du-Ripolin



Pour aller plus loin :


Voir nos autres fiches chantiers

Vous avez des questions sur les couleurs dans les espaces de travail ? Vous souhaitez de l’assistance pour réaliser la charte couleur qui correspond à votre entreprise ?

 

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Eliel Arnold

architecte d’intérieur

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